Ma démarche artistique

Peindre pour moi, c’est avant tout regarder longuement, pour enfin voir.

Voir, c’est réaliser que tout est mystère, que tout est question ici-bas . C’est affiner sa perception jusqu’à redevenir émerveillée et curieuse comme aux premiers jours. C’est retrouver la candeur des toutes premières questions : pourquoi le ciel est bleu le jour et noir la nuit ? Et pourquoi on ne peut pas voler et pourquoi la neige tombe et le jour se lève ? … C’est se nettoyer les yeux et les sens pour permettre l’émergence de la surprise face à chaque instant, pour puiser au merveilleux de chaque poussière-parcelle de vie. Bref, c’est fulgurer en tous sens et par tous temps …

Quête multiple, ample, gourmande et curieuse qui pourrait faire croire à un fouillis intense :

Passer des peintures légères et aériennes des cycles cosmiques, aux peintures plus profondes à l’huile telle " l’éclat solaire ", aux gravures figuratives noires et blanches des arbres et paysages d’ici, aux encres abstraites des livres d’heures, pourrait dérouter un observateur attentif ...

Comment parler de tout cela en restant cohérente ?

Comment trouver un point commun à toutes ces pistes, explorées en parallèle ? Exercice difficile… !

Mais la peinture, l’art n’est-il pas justement là aussi pour " déranger " pour bannir le " su ", " l’appris ", " l’acquis ", pour se maintenir en constant décalage avec toute explication, pour questionner toujours plus profondément le sens de la vie, la nature de la matière, de la lumière, de la perception des sens du sens ? Pour s’évertuer à atteindre un point où l’on ne saurait tenir et pour tenter de l’exprimer le plus justement et sincèrement possible, en ayant la chance parfois de le donner à percevoir aux autres ...

Maintenant, tenter d’expliquer plus concrètement ma démarche d’artiste si explication il y a...

Peut-être en disant l’intense plénitude parfois atteinte en dessinant un arbre des heures durant dans la nature. Pas n’importe quelle nature, celle d’ici, des Alpes de Haute Provence, découverte il y a trois ans déjà et qui me remplit d’espace à lire, à dire et me comble. S’asseoir au pied d’un chêne (je sais bien sûr lequel) et commencer à le regarder, le contempler, en m’abîmant dans le détail du détail de la nervure, de la feuille, de la branche, de l’arbre, en fixant tantôt les feuilles, tantôt l’espace vide entre les feuilles, tantôt l’arbre dans son ensemble en clignant des yeux. J’en perds vite toute notion de temps qui passe, d’espace, bientôt je ne sais même plus où sont les limites du paysage, je m’oublie totalement, parvenue dans ce point de fulgurant questionnement sensible sur la nature profonde de l’univers. Il faut alors tenter de le transcrire par le dessin puis la peinture, tenter de le donner à voir à offrir à des alter ego.

Voilà peut-être l’un des motifs de ma quête picturale.

Un autre et non le moindre est le pur plaisir que j’éprouve à créer, imaginer, inventer.

Car en peinture, même si les doutes et le vide prégnant sont parfois au rendez-vous, la plupart du temps c’est de la joie intense à l’état pur… .

Jouer avec les couleurs, les textures, se balader dans sa toile en se demandant où s’y allonger, s’y poser, se laisser surprendre par ce qui sort de vous comme à votre insu, se faire bâtisseur en reconstruisant des équilibres, une harmonie souvent détruite pas une toute petite tâche ou un trait mal venu, et parfois, rarement, mais parfois tout de même, instinctivement sentir avoir touché une parcelle d’infini, un indicible qui se révèle juste pour vous, par vous, état de grâce qui pourrait justifier à lui seul votre venue sur cette terre : Quelle joie !

Comment alors ne pas avoir envie de retrouver à nouveau un tel moment et puis encore un, et puis encore un, surtout que ce n’est jamais la même chose et que tout est toujours à recommencer, à réinventer.

Un dernier motif enfin, serait la rencontre des alter ego. Parler d’une aventure menée cette année avec deux poètes : Pierre et Vahé : le livre d’artistes à 4 mains… Expérience de dialogue entre peinture et poésie, poète et peintre, Ô combien riche et féconde dont vous pourrez retrouver la trace dans la page livres d'artistes

J’espère de tout cœur que tout le plaisir, la joie et l’émerveillement que j’éprouve à peindre et graver, à partager des aventures artistiques avec des compagnons poètes, transparaîtront pour vous au travers de ce site...

Bonne visite donc !!!

ã Corinne Leforestier - Chaudon – Avril 2005